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Sans les moyens spécialisés pour en maîtriser l'environnement, l'Arctique n'est qu'une potentialité. La Russie l'a bien compris : elle va lancer la construction de trois brise-glace nucléaires qui lui permettront d'affirmer clairement sa présence dans la région polaire.

Une longue histoire

Pour la Russie, c'est une tradition de disposer de briseglace, indispensables pour exister dans le Grand Nord. Le premier brise-glace de l'Histoire était un bâtiment à vapeur russe, le Pilot construit en 1864 ; le premier brise-glace à propulsion nucléaire était russe lui aussi, le Lenin, lancé en 1957.

 
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Aujourd'hui, elle est la seule nation au monde à pouvoir déployer une quarantaine de ces bâtiments, dont six à propulsion nucléaire. Héritages de l’ère soviétique, ces derniers arrivent en fin de vie. Certains des plus célèbres, comme l’Arktika ou le Sibir, ont déjà été retirés du service actif. Le Sovetskiy Soyuz, le Taymyr et le Vaygach, de la même classe, les suivront d’ici 2020. Par manque de financements, le bâtiment le plus récent, le 50 Let Pobedy(ou 50 ans de la Victoire), n’a été admis au service actif qu’en 2007, 14 ans après sa mise à l'eau.

S’il est pour l’instant le plus grand brise-glace au monde avec une longueur de 160 mètres, le 50 ans de la Victoire sera bientôt déchu de son titre par une nouvelle série de navires : en 2010, pour maintenir son rang d'acteur polaire,la Russie a lancé un programme de trois bâtiments de nouvelle génération, le Projet 22 220. Longs de 173 mètres pour 34 mètres de large, ces navires de 33 500 tonnes (classe LK-60), plus gros qu’un BPC, deviendront les plus grands brise-glace du globe.

Le renouveau de la flotte Russe

Les performances attendues de ces nouveaux navires sont impressionnantes : une totale autonomie de six mois grâce à leur propulsion nucléaire, une coque capable de briser trois mètres de glace et une capacité de modification de tirant d’eau pour évoluer dans les embouchures des fleuves polaires. La construction du premier bâtiment a débuté en novembre 2013 et sa coque a été mise à l’eau en juin 2016. Baptisé Arktika en hommage à son célèbre prédécesseur - premier navire de surface à atteindre le pôle Nord en 1977 –, il devrait être opérationnel à la fin de l’année 2017 et sera basé à Mourmansk. Les chantiers de la Baltique à Saint-Pétersbourg ont mis sur cale en mai 2015 le second de la classe, le Siberia, et devraient débuter prochainement la construction du troisième, l’Ural, pour une admission au service actif en 2019 et 2020.

Le renouveau de la flotte de brise-glace nucléaires symbolise la place retrouvée de la région polaire dans les desseins géopolitiques du Kremlin. Si depuis longtemps déjà la Russie y a basé, à Severomorsk, la base de la plus puissante de ses flottes, elle a aussi décidé de rouvrir en Sibérie des bases militaires datant de la guerre froide et fermées après la chute de l’URSS. Cette volonté de présence à terre comme en mer se manifeste également au niveau international avec la demande en 2001 auprès de la CLPC d'une extension de plateau continental couvrant la majeure partie de l’Arctique, pôle compris, pour une surface de 1,2 million de km².

Une politique globale vers le Nord

Cette revendication est en partie motivée par les importantes opportunités économiques qu’offre la région. Le budget fédéral dépend fortement de l’exploitation et de l’exportation des hydrocarbures et la construction de cette nouvelle génération de brise-glace nucléaires s’inscrit dans cette perspective : le passage des tankers et des méthaniers, comme celui des navires de guerre, nécessitera le soutien de ces bâtiments. Une fonte notable de la banquise permettrait également l’ouverture, au moins durant la période estivale, de la route du Nord. Les brise-glace nucléaires, déployés sur toute la zone arctique sous contrôle russe, permettraient d’utiliser plus régulièrement cette « route boréale » qui diminue le trajet Europe - Asie.

C'est bien dans ce contexte global, politique comme économique, qu'il faut considérer l'importance de cette construction. L’Arktika, le Siberia et l’Ural ne peuvent que renforcer la place de la Russie, membre du Conseil de l’Arctique, comme acteur majeur du Grand Nord.

© Mise à l'eau de la coque du nouvel Arktika aux chantiers de la Baltique

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