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Juillet 2016, Bangkok annonce son intention d'acquérir trois sous-marins d’attaque chinois. Face à la course aux armements navals qui caractérise la région, le « pays du sourire » ne pouvait être en reste.

 Au croisement des tensions régionales

La Thaïlande occupe une situation stratégique sur l’échiquier asiatique. Bordée par la mer d’Andaman et le golfe de Thaïlande, elle est riveraine du détroit de Malacca, point de passage d'intérêt mondial. Comme lieu de convergence du trafic mondial mais aussi carrefour géopolitique ouvert sur deux espaces, le pays se doit de disposer d’une marine polyvalente pour faire face aux défis maritimes contemporains.

 
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Possédant la troisième flotte de pêche au monde et alors que 300 plateformes offshore actives sont dénombrées dans le golfe de Thaïlande, Bangkok cherche logiquement à améliorer le contrôle et la surveillance de sa zone
économique exclusive (ZEE). D'autant qu'aux problèmes "habituels" posés par la piraterie, les flux de narcotrafic et la pêche illégale s’ajoute la crise régionale des migrants bangladais, birmans et vietnamiens fuyant par la mer la misère et les persécutions politiques et religieuses.

Face à l’influence croissante de l'Inde dans le golfe du Bengale, de la Chine, du Vietnam et de la Malaisie en mer de Chine méridionale et du développement des capacités sous-marines de tous les acteurs de la région, la Thaïlande
veut se faire entendre. Et peser sur la scène navale asiatique nécessite de compter aussi sous la mer.

Un stratégie pragmatique limitée

Jusqu’à présent, l’armée de terre thaïlandaise occupait le devant de la scène nationale du fait notamment de relations compliquées avec le Cambodge et le Laos voisins. La situation étant désormais plus apaisée, la marine royale, jusque-là cantonnée à la sécurité, voit ses missions et ses ressources augmenter. Composée de 11 frégates, 10 corvettes, 6 chasseurs de mines et 42 patrouilleurs dont 6 lance-missiles, la Royal Thai Navy affiche désormais sa volonté d’accéder à une « blue water capacity »1. Et le développement d'une flotte sous-marine est, à ses yeux, une nécessité pour y parvenir de façon crédible.

Pourtant, son bâtiment en service le plus emblématique est un porte-aéronefs, le HTMS Chakri Naruebet, mais il manque d’équipements et d’expérience pour des missions de haute mer. Commandé à l’Espagne en 1992 et admis
au service actif en 1997, il fut à l’époque le premier navire de guerre d’une telle envergure en Asie du Sud-Est. S’il reste aujourd’hui encore le seul porte-aéronefs des nations de l’ASEAN2, il est davantage utilisé pour des missions humanitaires de voisinage et ne navigue en moyenne qu’un jour par mois.

À l’heure de l’affirmation navale du partenaire économique chinois et de la stratégie de rééquilibrage vers le Pacifique de l’allié américain, la Thaïlande hésite à choisir un camp. En 2015, mécontente des critiques occidentales contre son régime et bien qu’ayant le rang d’allié majeur hors-OTAN, Bangkok a demandé à l’US Navy de retirer ses forces de l’île de Phuket. Le pays a aussi réduit sa participation aux exercices conventionnels menés avec ses partenaires
historiques (États-Unis, Australie, Malaisie) pour concentrer ses activités sur la lutte anti-sous-marine.

S'immerger dans le grand bain

L’Asie du Sud-Est est aujourd’hui engagée dans une course à l’armement naval dans laquelle les sous-marins occupent une place centrale. C'est dans ce contexte que la Thaïlande projette d’acquérir trois sous-marins chinois S-20 de la classe Yuan3, preuve s’il en est du rapprochement entre Bangkok et Pékin. D’un montant de plus d’un milliard de dollars (355 millions de dollars par unité), l’achat des trois navires doit être confirmé en 2017. Rappelons qu’en
2012, la Thaïlande avait annulé un précédent contrat avec la marine allemande faute de budgets suffisants. La Thaïlande doit désormais développer sa flotte, navires hauturiers et sous-marins, si elle veut garantir la sécurité de ses eaux et gagner en légitimité sur la scène régionale. S’il venait à être conclu, le contrat d’achat des trois sousmarins à la Chine serait un signal très fort de la volonté de Bangkok de participer pleinement au grand jeu asiatique.

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